Sorti en 1986 dans les salles d’arcade, Out Run de Sega fut une révolution technologique. Jamais on n’avait vu un tel jeu de courses auparavant. Exit les petites voitures vues du dessus qui tournaient en rond sur un circuit plus ou moins biscornu ! On était au volant d’une Ferrari Testarossa décapotable avec une blonde à ses côtés et on traçait la route à une vitesse dingue dans un environnement presque paradisiaque !
Sega mit le paquet dans le hardware de ce jeu. Là où la plupart des jeux tournaient sur un Z80 ou un 6502, la borne d’Out Run contenait deux CPU Motorola 68000 cadencés à 12,5 MHz, un chipset graphique maison de 25MHz et des tas de coprocesseurs et de ram pour accélérer le tout. Un vrai monstre ! Le résultat sautait de suite aux yeux dès qu’on lançait le jeu. C’était incroyable.
J’ai joué à Out Run arcade une seule fois dans toute ma vie. C’était sans doute en 1987, dans un bistrot de ma ville. J’étais dans ma période « bar tabac ». N’ayant rien à la maison pour jouer, je passais d’un rade à l’autre pour tripoter de la manette. Uniquement. Je ne consommais rien. Il m’est arrivé de me faire virer à cause de ça d’ailleurs…
Patron rougeaud : - Eh le blouson jean neige là, tu comptes boire un Coca entre deux parties ?
Moi : - Nan, j'aime pas ça !
Patron encore plus rougeaud : - Bon alors tu finis ton jeu et tu fous le camp !
Merci patron !
Même si je n’ai mis que 10 francs dans la machine, je ne peux oublier ce moment. Ce n’était pas le cockpit dans lequel on s’asseyait dedans évidemment, juste une borne avec le volant et la pédale en bas. Mais rien que ça, c’était déjà tout un voyage ! Le jeu étant loin d’être simple, mes deux ou trois parties sont TRES vite passées…
Out Run a été un immense succès mondial et un saut technologique crucial. Les jeux d’arcade ont rapidement changé de gueule ensuite. Il fallait suivre ce virage pour les autres marques si elles voulaient rester à la page.
Dès 1987, des conversions d’Out Run sont arrivées sur ordinateurs 8 bits. Les portages sur ZX Spectrum et Amstrad CPC, pondus par Probe et produits par U.S. Gold, furent des best sellers ultimes durant cette année là en Angleterre. Pourtant, ils sont tous pourris ! C’est moche et ça rame comme c’est pas permis. Le compteur a beau afficher « 280km/h », vous avez l’impression d’être à 12… Beaucoup d’acheteurs ont dû être « légèrement » énervés devant ces déchets de jeux.
En 1988, ce fut au tour de l’Atari ST d’avoir sa version d’Out Run. Bon, il ne fallait pas s’attendre à des miracles sur 8 bits, et il n’y en avait pas eu d’ailleurs, mais sur 16 bits, peut-être que… Il y avait beaucoup d’espoir.
Codé par Ian Morrison, qu’on a déjà vu sur Chase H.Q. et à qui on refilait pratiquement tous les jeux de courses à convertir sur 16 bits, même s’il n’a jamais brillé dans ce domaine, Out Run sur ST est une purge infâme !
Déjà, le jeu met 3mn pour se charger. C’est l’un des plus longs temps de chargement que j’ai vu dans ma vie sur ST. Et à la sortie ? Ben c’est pas laid, il y a les musiques mythiques, retranscrites sur ST par David Whittaker, mais c’est juste injouable. Votre bagnole glisse plus qu’elle ne roule et on ne voit pas bien la route devant. On n’anticipe donc pas les obstacles et surtout les virages, et donc on se vautre.
Out Run sera l’un des piliers de ces conversions de jeux d’arcade attendues mais complètement foirées aux côtés d’After Burner ou de Thunder Blade.
En 2019, un danois publia un homebrew d’Out Run. Se servant de la version originale comme base, il l’améliorait en utilisant le hardware du STE. C’était plus joli, plus rapide… mais tout aussi injouable ! Il aurait mieux fallu tout recoder je pense, mais qu’importe puisque ce homebrew ne fut jamais terminé. Le danois expliqua qu’il avait des problèmes de santé… C’était peut-être vrai mais ces codeurs du dimanche ont toujours des excuses de ce genre pour tout arrêter parce que flemme et qu'ils préfèrent flinguer du zombie online. Y'en a marre de tous ces gens qui commencent des trucs et ne les terminent jamais.
En 1989, voulant refaire le même coup de 86, Sega lança dans les salles Turbo Out Run. Ça a moins bien marché que prévu. Ben oui, en trois ans, d’autres jeux du même genre étaient sortis et avaient mis la barre encore plus haut. Même si ce nouveau Out Run avait été amélioré, comme l’ajout de la fonction « turbo », repiquée à Chase H.Q., on restait dans les grandes lignes du premier. Ça ne pouvait pas refonctionner.
La conversion arriva sur ST la même année et je l’ai tout de suite eue entre les mains, et en original ! Non pas que je l’avais achetée, mais un pote le fit lui. Ohoho ! J’en rigole encore !
Au fait, super l’accroche en haut, j’avais jamais remarqué avant…
Toujours codé par Ian Morrison, Turbo Out Run sur ST reprend les mêmes ingrédients que son premier portage : c’est toujours aussi injouable ! Décidemment…
Les graphismes sont très beaux mais le frame rate est infect et on se mange encore tous les obstacles.
Le poto qui avait acheté le jeu, plus de 270 francs d’époque (je me rappelle encore de l’étiquette Fnac au dos !), et qui connaissait le jeu en arcade, devint fou de rage devant ce résultat.
En 1991, Out Run Europa fut publié. C’est un jeu original cette fois et non une conversion d’arcade.
Après ses deux réalisations, on demanda à Morrison de prendre la porte et on confia la programmation à d’autres. Et on se retrouve enfin avec un jeu Out Run… « acceptable » !
On ne va pas dire que c’est super réussi, non, mais contrairement aux deux autres, c’est plus joli, mieux animé et surtout plus jouable. Truc bizarre, on passe de la voiture à la moto. Donc, mieux oui mais pas génial non plus, et puis ça commençait à être vieux tout ça.
En 1991, la franchise Out Run avait cinq ans au compteur et n'était plus trop cotée à l'argus... Lotus Esprit Turbo Challenge était la course number one à cette époque sur 16 bits, il n’y avait pas de place pour les outsiders.
Le jeu allait prendre sa revanche dix ans plus tard sur PS2 et (re)devenir ainsi culte.









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